Like a victime

Notre fille est une victime. En tout cas, par moments, c’est l’impression que ça donne. Mais si, tu sais ? « Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent » (merci Clint Eastwood pour ce moment). Nous, on voudrait juste supprimer les armes. Ou au moins qu’elle se défende un peu. Florilège de ces moments qui te donnent envie de voir ta petite victime se rebeller enfin un peu.

#5 – Victime à l’aire de jeux

On vous l’a déjà dit, les aires de jeux pour enfant, c’est la Guerre des Mondes en permanence. Entre les enfants qui prennent les tunnels à l’envers, ceux qui poussent pour passer devant tout le monde, et les parents qui ont baissé les bras et qui refusent d’arbitrer les conflits et d’apaiser les hurlements, on est loin du moment détente que tu t’imaginais.

Et au milieu de tout ce bazar plus ou moins joyeux, tu vois cette petite fille qui attend sagement à côté de l’escalier que tous les enfants de la ville soient passés avant elle avant d’oser enfin mettre un pied sur les marches. Quitte à redescendre à toute vitesse si un gamin plus pressé qu’elle se présente. Quitte à rester une heure sur la plateforme à refuser de glisser parce qu’un sale mioche s’amuse à remonter à l’envers et qu’elle a peur de lui faire mal. Ou parce qu’elle préfère sauver la coccinelle posée sur la balustrade. Cette petite victime, c’est la nôtre.

#4 – Victime dans les grands repas

Les buffets, c’est génial. Tu sais de toutes façons que ta puce ne mange jamais rien, mais là, au moins, elle peut enchaîner un diététique saucisson-chips-chocolat dans l’ordre qu’elle souhaite sans avoir à te farcir les réflexions de type « il faudrait qu’elle mange des brocolis » (ou autres maltraitances hypothétiques du genre). Alors tu te contentes de la surveiller du coin de l’œil, et tu la regardes se régaler à chipoter en te disant que c’est cool, pour une fois, que le repas ne tourne pas au casse-tête.

Et bim ! Tu vois cette horde de ventres affamés qui se ruent sur le candybar en poussant une petite fille apeurée pour lui taxer jusqu’au dernier bonbon ? Ou, pire, qui ne lui laissent qu’un vague cupcake à la banane, alors que c’est la seule chose du monde alimentaire qui peut la conduire à l’hôpital ? Du coup, tu vois le parent indigne qui va retirer in extremis le gâteau du délit de la bouche de la gamine pendant qu’elle pleure en silence ? Ben cette petite victime, c’est la nôtre.

#3 – Victime de l’amour

Pour sa rentrée en maternelle, notre puce s’est trouvé un charmant camarade de jeux. Un petit blondinet tout mignon, tout discret, tout gentil, qui a eu le bon goût d’être le premier au monde à l’inviter à sa fête d’anniversaire. En un quart de seconde, le mioche est devenu « le plus beau de l’école ». « Le plus zentil ». « Le plusse mieux ». Tout ça, tout ça. Et même si PapaBackstage commençait à affûter sa hache, on a presque fini par trouver ça mignon.

Seulement, bien sûr, il a fallu qu’il ait des parents, celui-là. Quelle idée, aussi ! Des parents qui bossent, en plus. 10% de chômeurs, mais non, il a fallu que mônsieur son père ait un job fixe ET une mutation. De l’autre côté du globe, évidemment. Et là, tu la vois la gamine qui pleure parce que son monde s’écroule ? Tu l’entends qui le réclame à la maîtresse, maintenant qu’il s’est barré prendre son avion ? Et tu la vois qui te dit encore, deux mois après, que c’est toujours lui « le plusse beau du monde aaaaaaantié » ? Cette victime de l’amour, c’est la nôtre.

#2 – Victime de l’amitié

Qu’on soit clairs, en termes d’amitiés foireuses et de déceptions cruelles, on a eu notre lot. Alors bien sûr, nous sommes naturellement enclins à prendre au sérieux le plus petit chagrin d’amitié de cour d’école. Et ce, même s’il ne dure que le temps de la récréation.

Imagine maintenant cette petite fée de 4 ans à peine qui se met soudain à pleurer pendant que tu la coiffes, un samedi matin. Et qui t’explique entre deux gros sanglots que hier, E. et M. lui ont dit qu’elle n’était pas leur copine parce qu’on peut en avoir qu’une seule et qu’il a bien fallu choisir. Et cette princesse éplorée de te demander pourquoi les gens n’ont pas le cœur assez gros pour aimer tout le monde. Pendant que tu serres le manche de la brosse en imaginant tordre le coup à ces deux garces, dis-toi que cette victime de l’amitié, c’est notre fille trois fois par semaine.

#1 – Victime à l’école

Oui, on a gardé le « meilleur » pour la fin, évidemment. Alors que nous n’étions pas certains que BébéBackstage accepterait facilement l’école, figure-toi qu’elle a littéralement adoré ça. Jamais une larme, sauf les weekends et les vacances, parce que l’école lui manquait. L’enfant qu’on rêve d’avoir (parce que du coup tu peux attendre d’être seul dans la voiture pour pleurer le jour de la rentrée).

Maintenant, imagine une petite fille qui se met à pleurer tous les matins depuis le 15 juin. Accrochée aux jambes de ses parents, elle refuse de les voir s’en aller. Elle angoisse à l’idée d’aller à l’école, demande toujours plus de câlins, essaie de gagner le plus de temps possible. Ce qui a changé ? La petite garce de l’école qui a décidé d’en faire sa tête de turc. Qui lui vole ses jouets et les éléments de ses abaques. Et qui la pousse à la récréation et lui faire s’écorcher les mains et les genoux par terre. Sans se priver de lui répèter tous les jours qu’elle est moche (attends, t’as vu ta tête, toi ?).

Imagine cette petite victime – notre fille – qui finit par craquer et raconter à la maîtresse ce qui lui arrive. Imagine notre tête, quand la maîtresse nous en a parlé. Et imagine notre tête – encore – quand notre petite victime nous a expliqué que ce n’était pas grave. Non, pas du tout, parce que des fois, l’autre fille, elle dit pardon. Alors elle aussi, un jour, elle va devenir gentille, il suffit d’attendre. (Ma fille, je t’aime, mais Papa a fini d’affûter sa hache, faut qu’on y aille).

#Bonus – Victime de ses parents ?

Quand on y réfléchit, c’est de notre faute, tout ça. Nous avons appris à notre fille à ne pas prendre le toboggan à l’envers, à attendre que la place soit libre pour descendre, et à prêter attention aux autres (notamment aux plus petits qu’elle). On lui répète depuis des lustres de prendre son temps pour manger, et d’attendre que tout le monde soit prêt pour passer à table. Nous lui avons enseigné qu’il faut parfois plus de temps aux uns qu’aux autres pour devenir gentil et pour faire attention aux autres. Qu’on a tous le cœur assez gros pour aimer tout le monde et pour pardonner. Pour être attentionné et aider son prochain.

Ok, pour le chagrin d’amour, nous ne pouvons pas faire grand-chose d’autre qu’écouter et consoler notre petite puce. Mais pour le reste… On aurait peut-être dû lui dire aussi que, dans l’intervalle, elle doit aussi apprendre à se défendre. À se blinder un peu. À ne pas pleurer quand un autre enfant se fait mal, mais à aller quand même l’aider et le consoler comme elle le fait. À éviter les personnes toxiques pour elle. À répondre quand on lui parle mal, tout en restant polie (« tu reviendras me parler quand tu seras devenue gentille »). Bref, à trouver le juste milieu. Mais quand les parents se comportent eux-mêmes en victimes, est-ce qu’ils peuvent attendre de leurs enfants qu’il en aille autrement pour eux ? (Coucou les gens qui me sont passés devant hier à la caisse prioritaire, sans rien demander, parce qu’ils n’avaient que deux articles…).

Et chez vous, comment ça se passe ?

 

Cet article a 14 commentaires

  1. bah chez nous c’est … pareil. coucou les miens qui se mettent toujours en dernier dans la queue, et qui se retrouvent à ramasser les miettes. comme cette fois ou on a fait une recherche d’œufs de pâques dans le parc d’un château et qu’ils n’ont rien ramassé parce que d’autres se sont précipités ! je repense à mon fils qui a pleuré des mois en moyenne section , et on a découvert en juin qu’un petit lui faisait un genre de harcèlement moral , « elles sont moches tes bottes » « il est moche ton t shirt » et en plus discrètement il lui mettait des petite beignes à la récré. il me disait « il est plus fort que moi  » ! heureusement la directrice de l’école a fini par intervenir. et quand j’ai vu le fameux gamin en question, qui faisait une tête de moins que le mien, j’ai halluciné. la première réaction c’était d’en vouloir à lui, mais au final, qu’est ce qui se passe chez lui pour qu’il se comporte comme ça avec les autres ? bref. on a appris a nos gamins a se défendre et à ne pas se faire marcher sur les pieds. c’est encore en cours. mais ça progresse. et ça ne les empêche pas d’être adorables ! bon courage papa et maman backstage !

    1. En effet, on ne sait pas ce qu’il se passe chez ces gamins pour qu’ils en viennent à embêter les nôtres à l’école… Snif… Mais courage, on va y arriver ! En tout cas, ton message nous montre qu’il y a de l’espoir, elle va bien finir par apprendre comme les tiens à se défendre enfin un peu (tout en restant adorable, comme tu le dis si bien ^^).

  2. Malheureusement je reconnais mon fils dans ton.récit…et malgré tout je refuse qu’une bonne éducation soit une excuse pour être une victime. Jamais ca ne sera sa faute ou la notre pour estimer que le monde a besoin de plus fe savoir vivre ensemble et de gentillesse(bordel!!) En grandissat il prend un peu d assurance et ca c est bien car être gentil oui mais s affirmer aussi. On.lui répète que s’il se défend on sera toujours de son côté même s’il se fait caler(c est tjs le cas d’ailleurs les filous qui emmerdent le monde savent ne pas se faire prendre). Malgré tout il ne comprends pas (nous non plus) pourquoi les gens s acharnent à entretenir la loi du plus fort…

    1. Comme je te rejoins Emma ! Effectivement, il n’est absolument pas question de culpabiliser nos petits trésors d’être « trop gentils » (d’ailleurs peut-on être « trop » gentil ??). Cependant, il est évident que prendre un peu d’assurance, oser s’affirmer, savoir dire « non » et ne pas se laisser marcher dessus sont autant d’atouts qu’ils doivent pouvoir acquérir. L’idée ici, c’était surtout de s’interroger sur notre capacité à lui transmettre ces aptitudes, quand on ne les possède pas nous-mêmes. Je veux dire qu’on doit inconsciemment lui montrer le « mauvais » exemple, et que c’est d’abord à nous de nous « blinder » pour qu’elle apprenne ensuite à le faire. Notre fille n’arrête pas de répéter qu’un jour, les méchants deviendront gentils. Puisse-t’elle avoir raison, c’est beau de rêver 😉

      1. Effectivement, j’avoue ne pas avoir trouvé comment lui faire accepter ce monde que je n’accepte pas et trouver ce juste milieu entre respecter ses valeurs et s’imposer.
        Par contre, ils nous voient quand même prendre position donc j’ai bon espoir! Ta 4 ans se construit seulement et c’est très dur (c’est à cet age que le mien a été le plus malheureux). Maintenant à 7 ans, il commence doucement à comprendre avec qui il faut être gentil et quand rester sur ses gardes mais il pense aussi que les autres sont méchants « sans faire exprès  » et que ça va leur passer…

        ce qui arrête les gentils c »est souvent le respect des régles (oui, car en général, ils comprennent que les règles, dans l’absolu, sont faites pour un mieux vivre ensemble) et l’empathie (ils n’arrivent pas à faire ce qu’ils ne veulent pas qu’on leur fasse)
        Quant à se blinder, franchement, quand on est ainsi (sensible) je n’y crois pas. Au mieux, on apprend à s’en foutre et à être d’autant plus convaincu de soi ; mais blindée, moi je ne le suis toujours pas, blasée oui.
        Bonne fin de semaine la famille backstage (et vive les vacances!)

  3. Ça me rappelle mon enfance, et ce ne sont pas de bons souvenirs… Mais ton texte me fait aussi réflechir sur la façon dont on éduque nos enfants, comme toi je suis du genre un peu trop bienveillante en fait, mais peut être derais-je de temps en temps penser à rappeler à mon fils qu’il a aussi droit de se défendre.

    1. La complexité du travail de parent, en somme ^^ Mais je ne crois pas qu’on puisse être « trop » bienveillants. Je crois que nous essayons tous de faire de notre mieux pour accompagner nos enfants à être et à vivre le monde tel que nous voudrions qu’il soit, et il arrive malheureusement que le décalage avec la réalité actuelle soit assez compliqué. Mais on y arrivera *#positivisme*

  4. Ah la maternelle…..Julie était pareil je sais que ces moments sont difficiles et que c’est très dur pour nous parents de voir ainsi souffrir son enfant. La mienne est régulièrement harcelée à l’école mais heureusement certaines années se passent mieux que d’autres. En grandissant Julie n’a pas changé. Mais son caractère s’est affirmé. Et elle est très attentive du coup à la souffrance des autres et maintenant défend comme elle peut les petites victimes. Elle a également fini par oublier le petit corentin blondinet qui a déménagé à l’autre bout de paris. Ces moments sont atroces mais nos enfants sont plus forts qu’on le pense. Je suis tres fière de ma fille.C’est quelqun d’exceptionnel. La votre aussi j’en suis certaine.

    1. Mais qu’ont-ils tous, ces petits blondinets, à déménager loin de nos petites puces ? Les vilains garnements ^^ Mais oui, en effet, nos enfants sont très certainement plus forts et plus solides qu’on ne le pense. Et ils ont une résilience enviable. Bref, ils sont formidables (et c’est aussi pour cela qu’on les aime tant !!).

      1. Mon enfant a aussi eu cela … ah, l’Australie … elle en parle toujours, 2 ans après !!

  5. Mes gentils petits monstres sont un petit peu plus grands … mais néanmoins, le plus grand des deux (11 ans) s’est aussi vu avec sa gentillesse et sa joie, devenir la proie de jalousies et se faire harceler moralement car le dernier arrivé dans une nouvelle école et peut-être un peu naïf (ou simplement gentil et honnête !) … ceci durant toute l’année scolaire maintenant finie … Et cela se répercute sur les résultats scolaires et sur l’humeur de toute la famille!
    Nous avons réagi en avertissant l’école en milieu d’année (après avoir tenté de régler le problème plus « localement »), relativement bonnes réactions, mais cela continue, et rend notre enfant « rapporteur », car ne supporte pas tout ce qu’on lui fait vivre et tout ce qu’on lui dit. C’est un crève-coeur pour des parents … et ma hâche se transforme tranquillement en tronçonneuse, par impuissance ! J’espère que les vacances nous feront du bien et qu’à la rentrée cela se passera mieux … sinon, notre réaction sera directe !

    1. En effet c’est toujours un crève-coeur pour les parents de se sentir assez « impuissants » devant la détresse de nos petits bouts… Mais je suis certaine que ces vacances vont leur faire à tous le plus grand bien ! Une petite bulle d’oxygène pour souffler un peu, et reprendre à la rentrée dans la joie et la bonne humeur (et les coups de tronçonneuse, au besoin? ^^). C’est bien que l’école soit réactive, c’est un soutien précieux (ici on sait par expérience et pour avoir parlé avec d’autres parents que ce n’est hélas pas toujours le cas). Au moins, nos petits se savent écoutés par tous les grands, et ça permet de coordonner des réponses adaptées pour que la situation ne perdure pas, et que nos enfants à tous puissent continuer à évoluer ensemble en toute sérénité. Une bise à votre grand, on pense bien à lui (et à vous !)

      1. Merci pour votre réponse et vos encouragements ! Effectivement, « crève-coeur » est le terme approprié …
        Un petit détail, qui est néanmoins un soulagement pour nous en tant que parents, c’est que notre enfant nous a parlé !! Je compatis à tous les parents qui découvrent après coup ce genre d’histoires, quand leur enfant s’est emmuré dans le silence pesant de la culpabilité et de la douleur, voire a commis des actes inimaginables … En cela, nous avons de la chance ! Et j’espère que cela continuera comme cela !
        Bise à vous aussi et bel été !!!

  6. Bonjour. Je redoute ces moments pour mon petit bout d un an et demi, qui sourit aujourd hui a tout le monde en disant coucou… un collegue m a dit que ce qu il disait a ses filles c etait de ne rien accepter des autres enfants qu elles avaient apprit a ne pas faire. Obeir et respecter les adultes. Et rester vigilants aux enfants car ils n avaient pas a lui donner des ordres (ou lui tirer les cheveux, ou lui prendre son gouter etc…). Bref ne pas reagir pareil entre enfants et adultes. Je trouvais le conseil sensé et m etais dit que je le garderai bien en tête pr le futur…..

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