Peut-on regretter d’avoir un enfant ?

Peut-on regretter d’avoir un enfant ? Voilà, la bombe est lâchée.

Metallica – Seek & Destroy

Si vous me suivez sur Facebook – mes articles sont lus par environ 250 personnes en moyenne et j’ai 32 abonnés Facebook alors go cliquer sur le lien de ma page ! – vous avez sans doute vu passer un lien vers un article à sensation : Le regret d’être mère, ultime tabou. Article reprit en masse par le Huff, Libé etc.

Voici l’accroche :

Une sociologue est allée à la rencontre de ces femmes qui ont découvert après coup qu’elles n’étaient pas faites pour avoir des enfants. Une parole qui semble inaudible quatre décennies après la révolution féministe. L’enquête fait polémique.

Cet article étant en lien direct avec mon précédent billet sur le féminisme, je voulais dire deux ou trois choses dessus.

C’est un sujet extrêmement sensible. Pourquoi ? Essentiellement d’un point de vue sociétal. Il est en effet assez mal vu de dire ouvertement :

J’aime mes enfants mais je regrette d’en avoir eu !

Même si cela ferait un joli monologue de Ginette la squatteuse du banc public du parc municipal, vous vous abstenez et vous vous dites que vous traversez une mauvaise passe. – Trop de « vous » dans cette phrase –

Steel Panther – GloryHole

Contrairement à mes habitudes, je ne vais pas critiquer cet article. En cherchant un minimum j’aurais de quoi dire, mais c’est un sujet que je respecte et surtout qui peut être utile à certains ou certaines d’entre vous. Bien conscient que beaucoup de monde sont trop flemmards pour lire un article entier, j’ai sélectionné les paragraphes les plus parlants.

Elles aiment leurs enfants, mais regrettent d’être mères. Voilà la population analysée par la sociologue israélienne Orna Donath. A la question «si vous pouviez revenir en arrière dans le temps, avec la connaissance et l’expérience que vous avez aujourd’hui, seriez-vous une mère ?», elles ont toutes répondu non. Vingt-trois femmes âgées de 25 à 75 ans ne le referaient pas. Certaines ont éprouvé ce regret dès la naissance, et il persiste depuis des décennies. «J’ai vu immédiatement que ce n’était pas pour moi, dit Tirtza, 57 ans, divorcée, deux enfants et grand-mère. C’est le cauchemar de ma vie […] cela n’ajoute rien, en dehors d’une perpétuelle inquiétude et difficulté.» Quant aux trois enfants d’Atalya, 45 ans, qui vivent chez leur père, ils sont pour elle«un poids permanent sur [son] âme». Une autre a fait une psychothérapie, pensant qu’il fallait «corriger» «quelque chose qui n’allait pas» chez elle, que tout rentrerait dans l’ordre avec un petit deuxième… mais non.

En France, l’étude fait l’effet d’un cheveu sur la soupe, d’une incongruité anachronique. «Nous sommes dans un contexte opposé, les débats portent sur le droit à l’enfant, l’adoption pour les couples homosexuels, la PMA, les mères porteuses. On veut plus d’enfants, toujours plus»,résume la sociologue au CNRS Marie-Thérèse Letablier, spécialiste de la famille. Dans un système de gestion du désir, le regret est difficilement envisageable. La chercheure, qui s’intéresse depuis quarante ans à la maternité en lien avec le monde du travail, a été «surprise» en découvrant l’article de son homologue. «Jamais, à ma connaissance, nous ne nous sommes posé la question en terme de regret. Cela m’a mise mal à l’aise, pourquoi n’avons-nous pas abordé la question sous cet angle ?»

Au-delà de la dénonciation des inégalités, pour Orna Donath, si son travail choque, c’est aussi lié à la place accordée à la maternité. «C’est un royaume sacré, au-dessus du monde humain du regret, analyse-t-elle pour Libération.On espère le « regret » quand il fait suite à un crime ou un péché, sinon il est vu comme une attitude émotionnelle négative, prétendument signe de faiblesse ou de défaite, un dysfonctionnement à surmonter rapidement.»Une mère tourmentée n’est pas toujours considérée comme une mauvaise mère. Le sentiment de culpabilité de ne pas en faire assez pour ses enfants est bien vu, il montre le droit chemin, à la différence du fait de regretter (de l’ancien scandinave grata) : pleurer quelque chose d’irrémédiablement perdu. De là, la difficulté à l’appliquer à la maternité, transformation procédant non de la soustraction mais de l’addition, en l’occurrence, d’un enfant. Le regret est l’évaluation subjective d’une perte, la reconnaissance a posteriori d’une erreur. Humain, en somme. Selon Orna Donath, la dévalorisation du regret, combinée à la survalorisation de la maternité, rend inacceptable le fait qu’une femme puisse regretter sa décision d’être devenue mère. Car, fondamentalement, ce regret indique qu’un autre chemin était possible. Celui de ne pas avoir d’enfant. Mais était-ce vraiment possible ?

«La famille, malgré tout ce qu’on sait, doit rester source de bonheur ; la maternité, source d’épanouissement. Elle est une étape indispensable à la féminité, les femmes sont censées aimer ça, il est impensable qu’elles le regrettent», observe Charlotte Debest. Le message est clair : une vraie femme est une mère heureuse. «Sauf que ces femmes se sont pliées à ce qu’on attendait d’elles. Cela interroge les injonctions sociales à la maternité et les représentations de la femme, qui ont peu évolué»,poursuit la chercheure qui déplore cependant que ce soit une «énième enquête dont les hommes sont exclus» : «La question des enfants est renvoyée aux seules femmes, les hommes disparaissent du raisonnement, et ne se mettent pas non plus dans le débat.»

Vaste sujet que celui du regret d’être parent. Peut-on réellement regretter d’avoir eu des enfants ? J’ai envie de vous dire que chacun pense ce qu’il veut, on n’est pas tellement en droit de juger la vie, les pensées des autres.

Black Label Society – Stillborn

Bien sûr le regret ne fait pas mention de ce sentiment de profonde injustice en entendant le cri strident d’un enfant qui a faim à 7h30 un lendemain de cuite ! Quel parent n’ a pas eu cette phrase malheureuse :

Non mais pourquoi j’ai fait un mioche bordel ?? J’étais peinard, ma vie allait bien, j’étais libre, je faisais ce que je voulais quand je le voulais, je sortais autant que je voulais, je ne glandais rien quand j’en avais envie, j’avais plus d’argent, pas de contraintes… Faut vraiment être maso…

Oui, il faut être maso ! Ça, tous les parents le savent. Mais on arrive la plupart du temps à se raccrocher aux bons moments que ces monstres en couches-culottes nous font vivre. Du moins, il faut y arriver.

Le regret véritable est beaucoup plus grave en soi. Comme je le disais plus haut, on ne peut pas tellement juger la vie des autres. Il est juste dommage que ces parents ne soient pas totalement heureux d’avoir eu des enfants. Ce regret peut être au niveau professionnel, de ne pas faire ce qu’on avait prévu étant plus jeune, le sentiment d’avoir été freiné dans sa carrière ou de ne pas pouvoir s’investir totalement dans un boulot qui passionne. Il peut aussi être au niveau privé bien sûr dans le sens où, finalement, on peut s’apercevoir que « les enfants c’est pas pour moi ». Malheureusement, il n’existe pas de S.A.V pour les mioches, ce qui est bien dommage car quand on voit le comportement de certains gamins, on se dit que les parents auraient du faire l’échange avec un qui fonctionne mieux. Ou tout simplement, on peut regretter d’avoir autant galéré – il y a vraiment des bébés horribles -, de s’être autant inquiété ou de s’être autant pris la tête pour telle ou telle phase.

Kreator – Civilization Collapse

Comme je le disais dans un de mes précédents billets – dans tous, en fait – il y a une telle différence entre l’idée que l’on se fait d’avoir des enfants et la réalité que ça peut être assez déroutant. On n’est jamais véritablement préparé à tout ce qui nous tombe dessus. On arrive à se faire une vague idée bien sûr :

Ginette et Rodéric ont l’air tellement heureux depuis qu’ils ont un enfant…

Sauf que la Ginette et le Rodéric, ça fait 5 jours qu’ils n’ont pas fermé l’oeil, ils ont fait un ravalement de façade complet avant de venir te voir, ont trouvé la seule tenue sans trace de lait caillé sur l’épaule et portent leur plus beau sourire de circonstance !

Le problème du regret de la parentalité pose une autre question : Pourquoi fait-on des enfants ?

Pas mal cette question, non ?

Comme dit dans la fin de cet article, il y a une forte pression sociale autour de la parentalité. Si bien que, pour beaucoup de parents, c’est un automatisme.

On va bientôt sur nos 30 ans, on a une situation stable et ça ferait tellement plaisir à mes parents d’être Papi et Mamie !

Car les enfants font partie du « déroulement normal de la vie de couple » :

  • En couple à la fac.
  • Grosse période de galères financières.
  • Fin des études = chômage.
  • Petit boulot.
  • Vrai travail.
  • Déménagement dans appartement plus grand.
  • Paie plus importante.
  • Enfant.

Apocalpytica – I don’t care

Voilà ce qui est considéré comme un cheminement normal. Et c’est comme tout dans cette société, si on sort cette normalité, la pression et l’exclusion sociale apparaissent. Bon, c’est pas un type qui va taper chez toi avec un flingue en te disant d’avoir des gamins, c’est beaucoup plus subtil.

Bon, c’est quand que vous nous faites un petit bout ?

ou encore

Ah, tu n’as pas d’enfants ? Oui, c’est de plus en plus fréquent. Mais… pourquoi ? Tu n’as pas d’instinct maternel ?

Et en général, ça pique… Mais où est donc passé le libre arbitre dans tout ça ?

Pour conclure, nous avons toutes et tous des regrets dans la vie et sommes toutes et tous d’accord pour dire qu’il n’y a rien de pire – bon il y a la guerre, la faim dans le Monde, le Sida, Peppa Pig… – et là on s’attaque à un des plus gros regret que l’on puisse avoir : sa vie. Ce que je trouve particulièrement dommage là-dedans, c’est que la vie est franchement mal faite. D’un côté on a des parents qui regrettent d’avoir eu des enfants et de l’autre des couples qui aimeraient tellement en avoir mais qui n’y parviennent pas.

Nirvana – Lithium

Cet article a 13 commentaires

  1. J’ai une amie justement qui ne veut pas en avoir (heureusement elle s’en rend compte avant) et on avait une discutions la dessus parce que les gens arrêtent pas de lui prendre la tête pendant des heures (meme sa Gynéco lui a fait le coup) pour comprendre pourquoi. ><
    En tout cas comme tu dit entre ceux qu'on a "forcé" à faire des gosses et ceux qui peuvent pas la vie est mal faite 🙁

    1. Et oui malheureusement, il y a encore et toujours ce jugement sur les femmes qui arrivent à un certains âge et qui n’ont pas « encore » d’enfants… Alors si elles ont l’audace de dire qu’elles n’en veulent tout simplement pas…

  2. c’est vrai que j’ai du mal à concevoir qu’on puisse le regretter 100% du temps. on a tous des passages ou c’est chaud et ou on se dit qu’on aurait pas la même vie, mais de là à se le dire de façon catégorique.. mais je respecte ça, tout comme les gens qui ne veulent pas d’enfants, c’est leur droit le plus strict, c’est quand même eux qui vont devoir prendre soin d’un enfant, alors il vaut mieux être plutôt convaincu au départ !!

    1. Pareil que toi, sans porter aucun jugement, j’ai du mal à comprendre comment on peut regretter à 100%. Et comme tu le dis, quand tu vois la responsabilité que l’on a sur nos enfants, mieux vaut être sûr de son choix. Déjà que quand tu es sûr(e), c’est une véritable croisade… 😛

      1. Et regretter à 80%, c’est pas déjà suffisant pour dire qu’on aurait peut-être mieux valu s’abstenir?

  3. Sujet sensible effectivement! Je pense que c’est normal de passer par des phases où on en a ras-le-bol, où on regrette, le temps de quelques secondes d’avoir engendré des petits monstres… Après, si ça va plus loin, ça devient évidemment problématique… Mais cet article a au moins le mérite de désacraliser le mythe de la parentalité heureuse , car on le sait tous que c’est tout de même galère d’être des parents 😉

    1. Oui voilà, je pense pareil que toi. Des coups de mou, on en a tous eu et on en aura encore beaucoup mais de là à regretter complètement d’avoir eu un enfant, je trouve ça rude… C’est bien dommage.

  4. Et oui… Sujet tabou… Et pourtant moi qui suis mère depuis 2 ans et demi, je le pense souvent !… Une petite fille turbulente, capricieuse, fatiguante, qui n’écoute rien et fait des crises à tout va… A 35 ans je m’étais dit qu’il était temps… Que nous avions bien vécu et bien profité de la vie et que l’âge ne jouait pas en ma faveur ! Sans compter mes parents et mon entourage qui attendaient ce petit enfant (je suis fille unique). Je suis tombé rapidement enceinte mais ma grossesse m’a rapidement amené des soucis dans ma vie professionnelle ce qui m’a amené à ne pas la vivre sereinement (déjà un mauvais départ…). Les 1ers mois avec ma petite ont été agréables mais cela s’est compliqué avec la reprise de mon travail (réorganisation et suppression de tâches). Aujourd’hui je suis licenciée et ma grossesse n’est pas étrangère à ma situation. A cela s’ajoute le stress ressenti par les difficultés à canaliser ma fille et forcément les regrets qui vont avec.
    Voilà. Tout ça pour dire que je comprends le sujet…

    1. Salut Sophie ! Comme je le dis dans ce billet, je fais la distinction entre le « regret occasionnel » que j’appelle plutôt un gros cou de mou et le regret total d’avoir eu un enfant. Il y a des jours ou des nuits plus dur(e)s que d’autres, des moment où on en peut plus, où les mioches sont horribles.
      Ce que tu dis concernant l’attente qu’avaient tes parents, c’est exactement ce que j’entends par « pression sociale » dans mon billet. Il est très dur d’y résister… Les gens ne le comprennent pas trop.
      Après concernant tes « regrets » liés à la canalisation de ta fille, c’est un coup de mou tout simplement. Ne rajoute pas à ça la culpabilité du regret de l’avoir eu. Les gamins ont toujours des phases sacrément tendues du slip. Malheureusement, on ne peut se permettre de lâcher. Il faut tenir bon, garder le cap et aller de l’avant, de toute façon, ça ne va pas durer indéfiniment. Sinon, on connait tous la technique du bâillon… 😛

  5. Perso, je pense qu’être parent, c’est quelque chose que l’on apprend à devenir au fur et à mesure que l’on élève un enfant. Du coup, cela ne tient qu’à la personne en question…

  6. Je suis bouleversée. Ma fille de trente ans me dit souvent qu’elle regrette d’avoir mis au monde sa fille de trois ans et demi…. ça me fend le cœur. Elle pense passer à côté de sa carrière, elle fait un travail inintéressant de deux heures par jour pendant midi, pour pouvoir élever sa fille. Le papa travaille. D’ailleurs, ca ne va plus du tout avec lui. Elle ne l’aime plus. Mais, ils vivotent ensemble. Sans contact charnel !! Et je me demande si ce n’est pas là la genèse de son regret d’être mère. Elle dit aimer sa fille…. incompréhensible pour moi. Je n’ai pas été désirée ni aimée par ma mère. J’aime mes deux filles par dessus tout, ainsi que mes petits enfants. J’ai énormément de mal avec ceci. J’en suis très malheureuse. J’ai beaucoup d’empathie et de compassion et pour ma petite fille et pour ma fille.

    1. Essayez de comprendre votre fille, sans la juger, sans lui dire que ça vous « fend le coeur » car je peux vous l’assurer, son coeur de mère à elle, doit être détruit de penser des choses pareilles et qu’elle veuille bien vous en parler prouve que sa souffrance est immense.
      Accompagnez la dans son chemin de vie de mère, en étant d’une oreille attentive, douce, mais surtout ne la jugez pas. Expliquez lui qu’il y aura des moments plus doux qu’autres avec son enfant…
      C’est juste mon avis en tant que maman de 2 enfants qui a une mère hystérique le peu de fois qu’elle est présente dans ma vie et qui juge, un peu trop… !

      1. Merci beaucoup pour cette réponse salutaire. Je comprends très bien ce que je voulais dire je suis moi-même tout en douceur, j’accueille sa souffrance. Depuis le dépôt de mon mail elle a divorcé de son mari. Je trouve ma fille très triste. Cette nuit j’ai rêvé que ma petite fille était morte . Tout ceci n’est pas facile…..

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